Conducteur, véhicule, circulation : Les 3 dimensions de la conduite préventive
Le 17 septembre 2025
Un chauffeur revient frustré d’une livraison après avoir eu une dispute avec la répartition. Le bas de son dos lui a fait mal toute la journée, mais il en fait fi, et se précipite derrière le volant pour repartir avant que la nuit tombe. À la sortie de la cour, il ignore le signal en reculant, et fait crisser les pneus pour éviter un autre camion de justesse. Pour les gestionnaires de flotte, c’est ce genre de petit moment de tous les jours qui se transforme en fléau. Le stress, l’inconfort, le temps à rattraper, tout ça s’accumule rapidement lorsque les habitudes de conduite préventive ne sont pas ancrées.
La route est imprévisible. Or, la conduite préventive implique une gestion constante des risques dans trois dimensions : le conducteur, le véhicule et les autres usagers de la route. Pour les flottes, aider les camionneurs et les camionneuses à renforcer leurs bonnes habitudes sur ces trois aspects porte fruit : moins de collisions, d’infractions et de démissions en raison de traumatismes, ainsi que des coûts d’entretien réduits.
Voici cinq pratiques exemplaires que vous pouvez cimenter chez vos chauffeurs et chauffeuses.
Avant de partir, évaluez votre PIE
L’acronyme PIE signifie physique, intellectuel, émotif, les trois états qui influencent directement le comportement d’une personne sur la route. Avant d’entreprendre un trajet, les chauffeurs devraient se poser les questions suivantes : Suis-je physiquement prêt? Suis-je concentré mentalement? Mes émotions sont-elles stables?
C’est facile de sauter cette étape, surtout quand les horaires sont serrés, mais ignorer ses propres états d’âme peut être dangereux. Être physiquement prêt n’est pas qu’une question de sommeil. Les médicaments, une maladie et la lassitude jouent aussi un rôle. En ce qui concerne l’état intellectuel, il faut être assez vigilant pour traiter l’information rapidement et éviter une vision télescopique. La stabilité émotive est tout aussi importante : la frustration ressentie suivant un appel stressant, le sentiment d’impatience envers les bouchons de circulation, ou même l’excitation peuvent nuire au jugement. La conduite agressive ou distraite est souvent issue d’états émotifs négligés, alors se reprendre tôt peut prévenir un comportement dangereux plus tard.
La distraction ajoute un autre facteur. Les téléphones, la radio, et même, réfléchir à des problèmes personnels peuvent saper la concentration intellectuelle. Un contrôle PIE devrait contribuer à éliminer les distractions évidentes et à s’engager mentalement envers le parcours devant soi. Si vous avez la tête ailleurs, vos réactions sur la route seront plus lentes, et à une vitesse élevée sur l’autoroute, même une seconde de retard peut avoir un impact.
Conseil à partager avec les conducteurs et conductrices : Intégrez les contrôles PIE dans le coaching. Une autoévaluation de 30 secondes avant de mettre la clé dans le contact peut éviter des heures de paperasse et des milliers de dollars en réparations.
Faites parler votre camion
En Amérique du Nord, nous valorisons l’espace personnel, ce qu’on appelle notre « bulle », lorsque nous parlons aux autres. En effet, nous laissons les gens respirer. Eh bien, les camions ont aussi besoin d’espace. Encouragez les conducteurs et conductrices à maintenir un coussin d’air autour de leur véhicule dans chaque direction, et pas seulement en avant et en arrière, mais sur les côtés, le dessus et le dessous. Cette image mentale aide les routiers professionnels à se rappeler que l’espace de sécurité n’est pas unidimensionnel. Il faut penser aux viaducs et aux ponts bas, aux entrées de quai de déchargement, et même à la chaussée cahoteuse.
La communication sur la route est tout aussi importante. Dans nos conversations quotidiennes, nous nous fions au contact visuel, aux gestes et au ton de la voix; or, les camions doivent aussi « parler » sur la route. Les conducteurs accomplissent cela en signalant tôt et souvent, en regardant les autres usagers de la route dans les yeux, et en se servant des phares, du klaxon et des feux de détresse, au besoin. Lorsqu’un camion communique clairement, cela réduit l’incertitude pour tous les autres automobilistes, et c’est cette incertitude qui entraîne souvent des manœuvres dangereuses.
Ceci est particulièrement important lorsqu’on fait marche arrière. Klaxonnez et allumez toujours vos feux de détresse avant de déplacer le camion, puisque votre visibilité est limitée et que vous devez avertir les autres clairement.
Conseil à partager avec les conducteurs et conductrices : Insistez sur l’importance de la constance. Lorsque les camions emploient toujours le même « langage », les conducteurs apprennent à s’y fier, et en fin de compte, la confiance favorise la sécurité.
Des virages à angle droit
On considère largement les virages comme étant les manœuvres les plus difficiles et dangereuses pour les camionneurs et camionneuses. Ils doivent être pleinement conscients de la circulation, des angles morts, et de la trajectoire de la remorque. Contrairement à la conduite en ligne droite, un seul calcul erroné dans un virage peut vous placer dans une voie à sens contraire, vous faire monter une chaîne de trottoir, ou mettre en danger des véhicules, des cyclistes ou des piétons à proximité.
Voici une règle d’or : Avancez tout droit et tournez le plus tard possible. S’avancer plus loin dans une intersection avant de braquer le volant crée un virage soi-disant carré et maintient la remorque en toute sécurité derrière le tracteur routier. Évitez les virages trop larges, ce que les anglophones appellent jug handle, où vous effectuez un grand mouvement ou tournez le volant d'abord dans la direction opposée. Les petits véhicules pourraient mal interpréter votre mouvement et tenter de se faufiler dans l’espace créé, entraînant ainsi un risque de collision.
Le même principe s’applique tant aux virages à gauche qu’à droite : prenez-les à angle droit, roulez lentement et assurez-vous d’avoir l’espace nécessaire pour compléter la manœuvre sans vous dépêcher, actionnez vos clignotants tôt, et vérifiez vos rétroviseurs constamment. Dans le cas des virages à droite en particulier, faites attention aux piétons, aux cyclistes et aux voitures qui tentent de se faufiler dans votre angle mort.
Pour les gestionnaires de flottes, l’élément de coaching est clair : il faut rappeler aux chauffeurs et aux chauffeuses qu’être patient, c’est être professionnel. Si on force un virage lorsqu’il y a des obstacles, cela risque de causer des accidents et des réclamations. Attendre une trentaine de secondes qu’il y ait un écart sécuritaire entre les véhicules n’est pas une perte de temps; cela peut éviter des heures d’arrêt forcé, des coûts de réparation, ou même des procès.
Conseil à partager avec les conducteurs et conductrices : « Virez à angle droit, sans vous presser. » Insistez sur le fait que des virages réfléchis et bien exécutés protègent tout le monde et démontrent les compétences d’un camionneur.
Le dépassement peut attendre
« Dépasser ou ne pas dépasser, telle est la question. » Pour les routiers professionnels, il s’agit d’une décision qu’ils doivent prendre fréquemment, et c’est l’un des plus importants défis lorsqu’on gère son espace sur la route.
Lorsque l’horloge avance et qu’un véhicule lent est devant nous, la tentation de le dépasser est forte. Mais le dépassement ajoute d’autres facteurs de risque : un plus grand nombre d’angles morts, plus de variables sur la route, et moins de temps pour réagir. Cette combinaison fait grimper les chances d’une collision.
Le plus souvent, la voie dans laquelle vous êtes déjà est la plus sécuritaire. À moins que vous ne deviez converger ou sortir de l’autoroute, résistez à l’envie de dépasser et gardez vos manœuvres simples. Quelques minutes de patience peuvent éviter des heures d’arrêt forcé et des réparations coûteuses.
Conseil à partager avec les conducteurs et conductrices : Rappelez aux chauffeurs et aux chauffeuses que la sécurité l’emporte sur la vitesse, et encouragez-les à se débarrasser de la mentalité axée sur la pression temporelle. Faire une livraison en toute sécurité et en temps opportun vaut mieux que de se dépêcher pour gagner du temps et risquer un accident.
Descendez la pente avec votre chaîne cinématique
Descendre une pente est un enjeu de sécurité de premier plan. Nous avons récemment mis à jour cette portion du cours Conduite préventive de CarriersEdge, afin d’y inclure les pratiques exemplaires sur lesquelles un bon nombre d’experts dans le domaine sont d’accord. Ce qu’il faut retenir : ne vous fiez pas à vos freins de service lorsque vous descendez une côte. Le freinage répété peut provoquer une surchauffe, une perte de freinage et même un incendie, surtout si 35 000 kilos vous poussent dans le dos. Dites à vos chauffeurs et chauffeuses de :
- demander des conseils s’ils ne connaissent pas une pente en particulier, avant de tenter une manœuvre;
- ralentir bien avant la descente;
- se servir de la chaîne cinématique pour contrôler la vitesse;
- se ranger sur l’accotement immédiatement si les freins commencent à surchauffer.
Ces pratiques ont été confirmées en consultation avec certains transporteurs routiers, des experts dans le domaine et les nouvelles normes à cet effet publiées par RH Camionnage Canada. Collectivement, elles représentent les meilleurs moyens d’aborder les pentes.
Conseil à partager avec les conducteurs et conductrices : « La chaîne cinématique est conçue pour retenir le véhicule, mais pas les freins de service. » Continuez de leur rappeler qu’une maîtrise judicieuse et constante vaut toujours mieux que la vitesse et le risque.
La conduite préventive n’est pas qu’une question de prudence. Lorsque les conducteurs et conductrices ont développé des habitudes structurées et reproductibles qui abordent les trois dimensions du risque, soit eux-mêmes, leur véhicule et la route, il en résulte moins d’incidents et de stress pour les gestionnaires.
La mise à jour du cours Conduite préventive de CarriersEdge offre un regard approfondi sur le sujet au moyen de scénarios, d’astuces et d’outils de perfectionnement. Inscrivez-vous à un essai gratuit dès aujourd’hui pour savoir comment ce cours peut renforcer les aptitudes de conduite préventive chez vos camionneurs et camionneuses.
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