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Mannequin d’artiste en bois s’appuyant sur des dominos

Les conducteurs ne veulent pas de formation

Mark Murrell

L’idée voulant que les conducteurs ne veulent pas de formation semble pas mal ancrée dans l’esprit d’un grand nombre de gestionnaires de la sécurité. Lorsque je parle à des responsables de la sécurité des flottes ou de la gestion des risques, cela revient souvent comme hypothèse de base. Les chauffeurs ne veulent pas faire de formation, alors il faut trouver un moyen de les persuader ou de les forcer à en faire. Cette hypothèse de base n’a pas vraiment changé depuis les dix dernières années. Ce qui me fascine à ce sujet, c’est que la réalité est très différente, et cela non plus, n’a pas vraiment changé dans la dernière décennie.

En fait, la vaste majorité des conducteurs veulent de la formation, et valorisent les occasions d’améliorer leurs connaissances et leurs compétences en milieu de travail. Nos données du programme Les flottes les plus en vue (Best Fleets to Drive For) soutient cette affirmation. Depuis les débuts du programme, nous avons demandé aux chauffeurs s’ils sont d’accord que la formation continue est importante, et chaque année ils en conviennent largement. En effet, nous n’avons jamais vu moins de 90 % des participants convenir qu’il est important pour eux de continuer d’apprendre, et ils ajoutent souvent des commentaires en appui à leur réponse.

Alors, si la vaste majorité de conducteurs souhaite avoir de la formation permanente, et que cette réponse est uniforme depuis plus de 10 ans, pourquoi les flottes présument que ce n’est pas le cas? Pourquoi l’énoncé « les conducteurs ne veulent pas de formation » est devenu une vérité formelle que les flottes remettent rarement en question?

En examinant cela en profondeur, il semble s’agir d’un cas de mauvaise représentation des données, de ne pas chercher à savoir pourquoi les données sont telles, et, par conséquent de tirer les mauvaises conclusions (un autre exemple de ce dont j’ai discuté dans un article précédent).

Il existe définitivement des choses liées à la formation dont les chauffeurs ne veulent pas, et il est facile pour les flottes de généraliser cela et de présumer qu’ils ne veulent pas de formation du tout. Toutefois, cette généralisation crée une sorte d’angle mort qui peut entraîner des problèmes pour la flotte plus tard. Pour parer à cela, il est important de comprendre exactement ce que les conducteurs veulent et ne veulent pas, afin de savoir comment s’y prendre.

Décoder les intérêts des chauffeurs

Tout d’abord, si les conducteurs se plaignent de devoir assister à une formation, ou prennent trop de temps à terminer leurs cours, cela ne signifie pas nécessairement qu’ils n’ont aucun intérêt pour la formation dans son ensemble. Cela veut seulement dire qu’ils ne sont pas intéressés à la formation qui est offerte à ce moment-là. Oui, les conducteurs n’éprouvent pas trop d’enthousiame à devoir passer une partie de leur fin de semaine à se rendre au terminal, et de s’asseoir au beau milieu d’une séance en classe mal organisée et mal animée. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils ne sont pas intéressés à en apprendre davantage sur les sujets qui dominent leurs journées. Plutôt que de présumer que le problème se situe au niveau des conducteurs (manque de motivation, peu d’intérêt envers l’apprentissage), il est plus utile de se demander pourquoi ils ne sont pas intéressés.

Les chauffeurs sont souvent désintéressés à participer lorsqu’ils ont l’impression d’être les seuls à y mettre de l’effort. Ceci se produit lorsque :

Dans l’univers des experts-conseils, l’expression « lancer par dessus la clôture » décrit quelqu’un qui décharge du travail sur les autres sans faire sa part ou sans considérer les implications pour le receveur. Lorsque la formation ressemble à quelque chose qui a été lancé par dessus la clôture, les conducteurs le savent et perdent intérêt. Dans ces cas, il semble que l’entreprise tente de se protéger plutôt que d’investir dans leur avenir, et ils perdent l’intérêt très rapidement.

Bien que les conducteurs soient souvent blasés de ce type de programme de formation, ces mêmes personnes veulent quand même apprendre d’emblée de nouvelles choses. J’ai de nombreux exemples de cette situation dans le cadre du programme Les flottes les plus en vue, dans lequel certaines flottes possèdent des programmes de formation qui semblent tout à fait horribles, mais une grande majorité des conducteurs veulent tout de même plus d’occasions d’apprentissage.

Bref, les conducteurs ne sont pas contre la formation, ils sont contre la mauvaise formation.

Ils sont contre les choses qui ne les aident pas, qui leur font perdre leur temps, et qui en ajoutent à leur horaire déjà chargé.

Une fois que nous comprenons ce qui ne les intéresse pas, nous pouvons passer plus facilement à la création d’un programme qui les intéresse.

En suivant les points mentionnés précédemment, ils veulent un programme dans lequel l’entreprise a clairement investi autant de temps et d’efforts qu’on s’attend d’eux. Cela signifie :

Croire au mythe entraîne des risques

Tous ces points sont assez faciles à réaliser et abordables, mais ils nécessitent du temps et de la planification. Toutefois, cette planification n’aura pas lieu si le sentiment au sein de l’entreprise est que les chauffeurs ne veulent pas de formation. Une interprétation erronée des sentiments de conducteurs envers la formation crée des préjugés contre la formation à la longue, ce qui entraîne un sous-investissement dans les programmes de formation ou trop de temps passé à forcer les gens à les suivre. Ce temps serait mieux employé à réexaminer les raisons pour lesquelles les programmes actuels génèrent les réponses qu'ils donnent, et à les remanier pour obtenir de meilleurs résultats.

Après tout, en raison des mises à jour constantes sur la réglementation, les nouvelles technologies, les changements de tendances en matière de circulation et d’exploitation, ainsi que les progrès en matière de pratiques exemplaires, il est crucial de garder les chauffeurs à jour. À mesure que l’industrie devient plus concurrentielle, notemment la lutte pour obtenir les meilleurs conducteurs et les meilleures primes d’assurance, ainsi que celle pour les meilleures cargaisons et la meilleure tarification, un programme de développement professionnel pour conducteurs moderne, équilibré, bien conçu est une arme puissante et essentielle dans son arsenal.

Et après plus de 10 ans à recevoir les mêmes réponses de sondage de la part des conducteurs, nous savons que ce n’est définitivement pas un mythe.