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Les lettres « IA » en rouge entre les dents d’un piège à ours en métal brillant, ouvert, symbolisant les dangers ou les pièges associés à l’intelligence artificielle.

L’IA et la sécurité : ce qu’il faut considérer avant de sauter à pieds joints

L’IA est la folie de l’heure, dans tous les domaines. Dans le camionnage, certaines flottes courtisent l’IA dans le cadre de l’optimisation des itinéraires, de la conduite assistée, de l’entretien prédictif, et cetera. Mais, mettez le syndrome fomo de côté, et demandez-vous si l’IA est appropriée pour votre programme de sécurité.

C’est d’ailleurs la question qui tourne dans la tête d’un grand nombre de directeurs et directrices de la sécurité. Dans le webinaire de septembre Inside AI and Safety (Au cœur de l’IA et de la sécurité), Mark Murrell, cofondateur de CarriersEdge, a démystifié les promesses, les pièges et les questions que les flottes devraient poser avant d’adopter des outils issus de l’intelligence artificielle.

Tout compte fait? Ce ne sont pas toutes les flottes qui ont besoin de l’IA pour le moment, et c’est tout à fait convenable.

N’adoptez pas l’IA parce que c’est à la mode

Commencez par la bonne question : Pourquoi maintenant? Avant d’adopter quelque outil que ce soit, surtout un qui soit aussi surmédiatisé et mal compris que l’IA, les flottes doivent s’interroger sur le problème qu’elles veulent résoudre.

Est-ce réduire les accidents évitables? Améliorer l’uniformité du coaching? Automatiser la production de rapports? Si la réponse est « parce que tout le monde le fait », arrêtez-vous ici.

M. Murrell compare ce moment dans la technologie à l’avènement de l’électricité avant que les gens sachent comment l’intégrer à leurs outils. « C’est comme s’ils branchaient leurs marteaux et leurs scies, et s’électrocutaient en cours de route. » Le potentiel était là, certes, mais ils ont tout de même mis du temps et fait beaucoup d’erreurs avant de produire des perceuses et des ponceuses électriques.

Vous voulez un exemple plus récent? L’essor des point-coms. Beaucoup d’expérimentations, peu de solutions éprouvées. Et bien que l’IA puisse devenir la norme plus tard, pour le moment, c’est davantage une question de programmes pilotes que de plateformes prêtes à l’emploi.

Or, ce cycle d’engouement pour l’IA se perpétue de lui-même. Les investisseurs poussent les entreprises à intégrer l’IA, pour ne pas avoir l’air vieux jeu. Les fournisseurs sont donc sous pression pour la promouvoir dans leurs produits. Les clients commencent à la réclamer parce que tout le monde en parle, tout le temps. Et cela alimente le cycle de l’engouement. Mais justement, un engouement, ce n’est pas nécessairement un appel à l’action. Prenez du recul et observez la situation de façon rationnelle.

La taille de la flotte importe

Les grands transporteurs, c’est-à-dire ceux qui comportent plus de mille camions, peuvent se permettre d’expérimenter avec l’IA. Ils ont assez de personnel et de systèmes en place pour gérer les faux positifs, les immenses volumes de données et des tests pilotes.

Par contre, les plus petites flottes, soit de 50 à 200 camions, risquent de découvrir que l’adoption prématurée de l’IA crée plus de problèmes qu’elle n’en résout. Gérer toutes ces données supplémentaires, résoudre les fausses alertes, et adapter les flux de travail risquent de saturer leurs équipes déjà modestes.

Si vous vous trouvez dans la catégorie des flottes petites à moyennes, et que vous n’avez pas encore touché à l’IA, vous ne traînez pas de la patte. Vous faites preuve d’intelligence.

Ne remplacez pas les relations humaines

L’IA peut traiter les modèles, détecter les tendances, et mettre en évidence les risques. Mais elle ne peut pas bâtir la confiance.

Un grand nombre de flottes se sont servies d’outils de l’IA, comme les caméras-témoins ou les agents conversationnels, pour remplacer les interactions directes avec les chauffeurs et les chauffeuses. Cette approche ne fonctionne presque jamais. Les conducteurs ressentent déjà une certaine lassitude face aux alertes en cabine et les avertissements de sécurité automatisés. Si ces signaux sont erronés, ou si le suivi a une saveur robotique, les outils perdent rapidement leur crédibilité.

« L’IA ne devrait jamais être le premier point de contact avec les conducteurs, déclare M. Murrell. Servez-vous-en pour éclairer les conversations, pas pour les remplacer. »

Essayez, oui, mais de façon judicieuse

Si vous êtes prêt à explorer l’IA, abordez-la comme tout autre investissement dans la sécurité : résolvez des problèmes concrets, commencez modestement et faites appel aux gens qui sont le plus concernés.

Ignorer la technologie, c’est dangereux

Les outils de l’IA produisent des tonnes de données. Si vous en faites la cueillette sans agir, votre flotte peut être passible de poursuites judiciaires.

M. Murrell prévient : « Avant, vous pouviez dire que vous ignoriez ce que le conducteur faisait. Maintenant, avec toutes ces données, il n’y a aucune excuse. Si vous ne les consultez pas et ne passez pas à l’action, ça devient une question de négligence. »

La leçon dans tout ça? Traitez l’IA comme un copilote, et non comme un véhicule autonome. Impliquez toujours un être humain et passez les données en revue régulièrement.

Vous ne traînez pas de la patte

Le camionnage n’adopte pas l’IA en retard. En effet, le secteur fait preuve de la prudence nécessaire.

« Éventuellement, l’IA sera comme les outils électriques, affirme M. Murrell. Elle deviendra la cloueuse, la scie à ruban, ou la ponceuse à courroie, mais elle ne remplacera pas tous les autres outils. »

D’ici là, laissez l’engouement s’estomper. Concentrez-vous plutôt sur ce qui est pertinent et gérable. Et le jour où vous adopterez l’IA, faites-le parce que c’est la bonne solution, et non parce que c’est à la mode.