L’IA et la sécurité : ce qu’il faut considérer avant de sauter à pieds joints
Le 5 novembre 2025
L’IA est la folie de l’heure, dans tous les domaines. Dans le camionnage, certaines flottes courtisent l’IA dans le cadre de l’optimisation des itinéraires, de la conduite assistée, de l’entretien prédictif, et cetera. Mais, mettez le syndrome fomo de côté, et demandez-vous si l’IA est appropriée pour votre programme de sécurité.
C’est d’ailleurs la question qui tourne dans la tête d’un grand nombre de directeurs et directrices de la sécurité. Dans le webinaire de septembre Inside AI and Safety (Au cœur de l’IA et de la sécurité), Mark Murrell, cofondateur de CarriersEdge, a démystifié les promesses, les pièges et les questions que les flottes devraient poser avant d’adopter des outils issus de l’intelligence artificielle.
Tout compte fait? Ce ne sont pas toutes les flottes qui ont besoin de l’IA pour le moment, et c’est tout à fait convenable.
N’adoptez pas l’IA parce que c’est à la mode
Commencez par la bonne question : Pourquoi maintenant? Avant d’adopter quelque outil que ce soit, surtout un qui soit aussi surmédiatisé et mal compris que l’IA, les flottes doivent s’interroger sur le problème qu’elles veulent résoudre.
Est-ce réduire les accidents évitables? Améliorer l’uniformité du coaching? Automatiser la production de rapports? Si la réponse est « parce que tout le monde le fait », arrêtez-vous ici.
M. Murrell compare ce moment dans la technologie à l’avènement de l’électricité avant que les gens sachent comment l’intégrer à leurs outils. « C’est comme s’ils branchaient leurs marteaux et leurs scies, et s’électrocutaient en cours de route. » Le potentiel était là, certes, mais ils ont tout de même mis du temps et fait beaucoup d’erreurs avant de produire des perceuses et des ponceuses électriques.
Vous voulez un exemple plus récent? L’essor des point-coms. Beaucoup d’expérimentations, peu de solutions éprouvées. Et bien que l’IA puisse devenir la norme plus tard, pour le moment, c’est davantage une question de programmes pilotes que de plateformes prêtes à l’emploi.
Or, ce cycle d’engouement pour l’IA se perpétue de lui-même. Les investisseurs poussent les entreprises à intégrer l’IA, pour ne pas avoir l’air vieux jeu. Les fournisseurs sont donc sous pression pour la promouvoir dans leurs produits. Les clients commencent à la réclamer parce que tout le monde en parle, tout le temps. Et cela alimente le cycle de l’engouement. Mais justement, un engouement, ce n’est pas nécessairement un appel à l’action. Prenez du recul et observez la situation de façon rationnelle.
La taille de la flotte importe
Les grands transporteurs, c’est-à-dire ceux qui comportent plus de mille camions, peuvent se permettre d’expérimenter avec l’IA. Ils ont assez de personnel et de systèmes en place pour gérer les faux positifs, les immenses volumes de données et des tests pilotes.
Par contre, les plus petites flottes, soit de 50 à 200 camions, risquent de découvrir que l’adoption prématurée de l’IA crée plus de problèmes qu’elle n’en résout. Gérer toutes ces données supplémentaires, résoudre les fausses alertes, et adapter les flux de travail risquent de saturer leurs équipes déjà modestes.
Si vous vous trouvez dans la catégorie des flottes petites à moyennes, et que vous n’avez pas encore touché à l’IA, vous ne traînez pas de la patte. Vous faites preuve d’intelligence.
Ne remplacez pas les relations humaines
L’IA peut traiter les modèles, détecter les tendances, et mettre en évidence les risques. Mais elle ne peut pas bâtir la confiance.
Un grand nombre de flottes se sont servies d’outils de l’IA, comme les caméras-témoins ou les agents conversationnels, pour remplacer les interactions directes avec les chauffeurs et les chauffeuses. Cette approche ne fonctionne presque jamais. Les conducteurs ressentent déjà une certaine lassitude face aux alertes en cabine et les avertissements de sécurité automatisés. Si ces signaux sont erronés, ou si le suivi a une saveur robotique, les outils perdent rapidement leur crédibilité.
« L’IA ne devrait jamais être le premier point de contact avec les conducteurs, déclare M. Murrell. Servez-vous-en pour éclairer les conversations, pas pour les remplacer. »
Essayez, oui, mais de façon judicieuse
Si vous êtes prêt à explorer l’IA, abordez-la comme tout autre investissement dans la sécurité : résolvez des problèmes concrets, commencez modestement et faites appel aux gens qui sont le plus concernés.
- Intégrez les chauffeurs dès le premier jour. Lorsque les chauffeurs se sentent impliqués, ils deviennent souvent de fervents défenseurs. Les outils de l’IA qui fournissent de meilleures données et soutiennent le coaching en matière de sécurité sont généralement bien reçus, si les conducteurs sont impliqués dans le déploiement. Les flottes qui imposent les outils à leurs équipes, sans explication ni participation, sont souvent confrontées à de la résistance. Mais si les conducteurs et les conductrices aident à définir comment l’IA sera employée, l’adoption est plus fluide et les résultats sont plus robustes.
- Commencez avec un problème d’affaires. Ne courez pas après la technologie. Réglez plutôt un problème concret. Identifiez un enjeu précis que vous souhaitez résoudre, puis recherchez des outils qui peuvent vous aider dans cette situation. Une fois que vos objectifs sont bien définis, il est sensé de discuter avec d’autres flottes aux prises avec les mêmes défis, ou de chercher des conseils auprès d’associations, de groupes de sécurité, ou de vos fournisseurs actuels pour savoir ce qui a fonctionné ailleurs.
- Choisissez un défenseur. Désignez une personne de votre équipe (idéalement, un conducteur curieux ou un membre du personnel technophile) pour explorer les outils et en faire rapport. Ce « défenseur de l’IA » n’a pas nécessairement besoin d’être un chauffeur, mais ça aide s’il fait partie de la communauté des conducteurs. Lorsque les utilisateurs précoces au sein de la flotte ont carte blanche pour explorer de nouveaux systèmes et partager leurs impressions, le reste de l’équipe est plus susceptible d’emboîter le pas.
- Petit à petit, l’IA fait son nid. Testez une seule solution auprès d’un seul groupe. Recueillez les commentaires, et faites les ajustements nécessaires. Si ça fonctionne, élargissez le champ graduellement. Les meilleurs résultats se produisent lorsque les déploiements de l’IA sont redondants, inclusifs et fondés sur une rétroaction concrète. Lorsque c’est bien fait, même les conducteurs sceptiques se transforment en défenseurs, et l’IA devient un outil qui enrichit votre culture de sécurité.
Ignorer la technologie, c’est dangereux
Les outils de l’IA produisent des tonnes de données. Si vous en faites la cueillette sans agir, votre flotte peut être passible de poursuites judiciaires.
M. Murrell prévient : « Avant, vous pouviez dire que vous ignoriez ce que le conducteur faisait. Maintenant, avec toutes ces données, il n’y a aucune excuse. Si vous ne les consultez pas et ne passez pas à l’action, ça devient une question de négligence. »
La leçon dans tout ça? Traitez l’IA comme un copilote, et non comme un véhicule autonome. Impliquez toujours un être humain et passez les données en revue régulièrement.
Vous ne traînez pas de la patte
Le camionnage n’adopte pas l’IA en retard. En effet, le secteur fait preuve de la prudence nécessaire.
« Éventuellement, l’IA sera comme les outils électriques, affirme M. Murrell. Elle deviendra la cloueuse, la scie à ruban, ou la ponceuse à courroie, mais elle ne remplacera pas tous les autres outils. »
D’ici là, laissez l’engouement s’estomper. Concentrez-vous plutôt sur ce qui est pertinent et gérable. Et le jour où vous adopterez l’IA, faites-le parce que c’est la bonne solution, et non parce que c’est à la mode.